Hervé, Jean-Marc, avec un peu plus de recul désormais, quel bilan tirez-vous de cette première saison en Fédérale 1, sportivement décevante et compliquée alors que les moyens avaient été mis pour assurer un maintien confortable…

Jean-Marc Allègre : D’abord, on avait un budget à peu près équivalent à ceux des clubs du Pays Basque de notre poule, ce n’était pas non plus LE gros budget du championnat…

Hervé Maura : On a rencontré des clubs qui sont aguerris à la Fédérale 1 depuis des années, plus l’épouvantail Rouen… Rouen était sur une autre planète, clairement. On a eu de la chance de ne pas descendre, mais cette année charnière a été très formatrice, aussi bien pour les managers que pour les joueurs, et pour les dirigeants. Cette expérience comptera, j’en suis sûr.

Jean-Marc Allègre : C’était une année de rodage. On n’en tire pas de conclusions, on constate. D’abord parce que nous n’étions pas à l’origine du projet sportif de cette saison 2016-17. Le recrutement s’était fait un peu dans la douleur en fin de saison 2016. Avec des choses qui ont bien fonctionné et d’autres moins bien, au niveau des arrivées. Comme l’a dit Olivier Massicot, « souvent, on avait l’étiquette qui ne correspondait pas au produit »… C’est vrai que l’on a été déçu sur plusieurs joueurs. Aujourd’hui, le ménage a été fait. Nous, on veut regarder devant. On finit 9e, à un point de la 8e place, et même à 5 points des playoffs (6e place), ce qui est très peu sur une saison ! On ne finit pas derniers non plus ! De toute façon, on n’aurait pas connu la relégation sportive. Certains disent : « vous êtes sauvés par l’administratif », je réponds non, on n’a pas fini dernier ! Après, objectivement, le fait de savoir que nous ne pouvions pas descendre, en cours de saison, nous a décomplexés et libérés.

Hervé Maura : Sur les trois derniers matches, ils ont lâché les chevaux et ont montré de belles choses, enfin ! Des vrais matches référence. On bat St-Jean-de-Luz à la maison, on gagne à Anglet avec la manière, et on finit par du grand jeu contre Lombez…

Il y a des choses à garder d’une saison galère pour le club ?

Jean-Marc Allègre : Bien entendu ! On a eu un bon recrutement de mi-saison avec la défaillance de St-Nazaire (dépôt de bilan) où trois éléments nous ont rejoints. Ils ont besoin de trouver leur place dans le groupe mais ce sont des éléments sérieux et valables.

Concernant l’équipe B, saison plus qu’honorable, avec des sursauts, et une septième place à l’arrivée. Là où on a le plus échoué, c’est sur les Crabos, les Juniors. On a sans doute eu les yeux plus gros que le ventre et on n’était clairement pas à notre place, avec Bayonne, Clermont et tout le Top14… On a pris des bananes (sic) toute la saison. Donc la première décision que l’on a prise, on avait fait la requête auprès de la Fédération, c’est de redescendre nos Jeunes d’une division, en Balandrade, pour qu’ils ne se dégoûtent pas du rugby, à prendre des taules tous les weekends, des 60 points… Zéro victoire en 2016-17…

Pour les Gauderman (-16 ans) et les Alamercery (cadets), ça s’est passé correctement, en milieu de tableau. Et il y a surtout le Lecointre, qui est toujours un beau succès populaire et référence chez les Petits…

Vous évoquez le Lecointre, ce Tournoi est un formidable coup de projecteur pour vous qui misez sur la jeunesse et la formation

Hervé Maura : On a l’école de rugby la plus importante de la Région ! Avec un Centre de formation organisé et labellisé. Il faut que les joueurs qui jouent en F1 demain viennent de notre vivier ! Qu’on ne soit pas obligé d’aller recruter toujours à l’extérieur…

Jean-Marc Allègre : Les mercenaires, non merci ! Quand vous avez des gamins qui depuis les U6 ou les U8 portent nos couleurs, je peux vous dire qu’ils ont l’amour du maillot quand ils sont des hommes. Et puis, ce qui nous rend attractif, si les jeunes restent aussi, c’est que la Ville de Nantes est attractive ! Le Pôle économique mais aussi le Pôle éducatif, car on n’a pas que des éléments dans le monde du travail, mais aussi des étudiants ! C’est vrai que ça nous fait un plus par rapport à Bagnères de Bigorre ou Lombez…

Hervé Maura : Le résultat, c’est que la saison passée, on avait certainement l’équipe la plus jeune de Fédérale 1…

Jean-Marc Allègre (il coupe) : Et ce malgré notre vieux - et précieux - Anthony Le Luron (sourire), qui avec ses 37 ans, fait prendre un an de plus à lui seul à notre moyenne d’âge, qui est de moins de 24 ans ! On a beaucoup de jeunes qui ont autour des 20 ans, et en plus, ils ont du talent !

Plus sérieusement, à un moment, on a engagé des discussions avec Bernard Laporte, et il voulait nous promouvoir plus rapidement que prévu en Elite (ndlr : via un système de wild-cards délivrées aux bons élèves en terme de gestion et de centre de formation). Cela aurait été déconnant, mais c’était d’abord dû au fait que l’on était à l’équilibre financier, mais aussi parce que l’on a ce label formation. Après, sur le côté financier, sur les 40 clubs de Fédérale 1, 20 ne vont pas très bien et 10 très mal…

Comment expliquez-vous ces gros problèmes financiers dans le rugby d’aujourd’hui ? Le rugby va si mal ?

Jean-Marc Allègre : Non, c’est plutôt la course à l’échalote ! Hervé et moi gérons des entreprises, on sait qu’il ne faut pas dépenser l’argent que l’on n’a pas, et certains ailleurs se la pètent un peu et partent en vrille… Notre budget prévisionnel, autour de 1.270.000 euros, pour 2017-18 est à l’équilibre, voire bénéficiaire. Hervé et moi sommes allés à Marcoussis pour rencontrer Bernard Laporte. Il a été élu aussi sur un programme de moralisation des comptes des clubs, qui ne doivent plus faire n’importe quoi financièrement. Il fallait que ça bouge ! Il y avait trop de passe-droits, des maintiens non justifiés… Tout en haut de la Fédé, on a eu des discours musclés. Est-ce que les actes suivront les paroles ? On s’inscrit complètement là-dedans, surtout que l’on est dans la rigueur et dans les critères d’éligibilité.

Olivier Massicot nous avait confié qu’il était plus compliqué de faire un budget de 1,5 million en Fédérale 1 que de 5 millions en ProD2…

Hervé Maura : Je le rejoins complètement, car aux 1,8 million de Droits de retransmission TV, il faut rajouter les 700.000 euros de la Fédé. Et après, tu vends à tes partenaires un peu plus de rêve, et donc des affiches et tu draines davantage de monde au stade…

La moyenne de supporters sur la saison passée vous satisfait-elle ?

Jean-Marc Allègre : On est à 1.000 de moyenne, avec une mauvaise journée à 800 spectateurs… On voudrait viser les 1.500 dès la saison 2017-18 !

On vous sent très ambitieux…

Jean-Marc Allègre : On n’a pas peur ! On a un objectif depuis le début : sous deux ans, monter en Elite. Olivier (Massicot) aussi avait un projet quinquennal, jusqu’à cette fin de saison dernière, avec la montée en Fédérale 1, et le maintien, qu’il a atteint. On a un socle plus solide. On part aussi sur un projet à cinq ans,objectif montée en ProD2.

Vous avez dû suivre de près la refonte des championnats…

Jean-Marc Allègre : Fin avril, on ne savait pas trop ce qui allait se passer, car on se disait qu’il auraient du mal à faire une poule Elite à 11. Car il y a eu des rétrogradations lourdes pour des raisons financières (Auch, Tarbes). Strasbourg et Rouen devaient monter. Pour faire une poule, il faut quand même du monde. Il a été décidé de faire 3 poules de 11 en Jean-Prat (Fédérale 1). Plus de matches dans sa poule, cela signifie aussi anticiper un effectif en conséquence, plus charpenté, pour se prémunir des blessures…

Vous avez un modèle à prendre en exemple ? Vannes (ProD2) et La Rochelle (Top14) ont ouvert la voie et su construire leur réussite actuelle…

Hervé Maura : Les deux !

Jean-Marc Allègre : Le modèle économique de La Rochelle est intéressant : 500 partenaires ! Aujourd’hui, le Stade Nantais en compte 125, on a quand même un bassin économique autre que celui de La Rochelle et qui doit nous permettre de grandir, sans rêver aux 500…

Vous allez aussi bénéficier d’un réceptif tout neuf qui doit permettre le développement des partenaires…

Jean-Marc Allègre : C’est une partie de l’héritage positif de l’équipe dirigeante précédente !

Hervé Maura : Cela doit nous permettre d’aller chercher des moyens supplémentaires et de nous crédibiliser auprès des partenaires. Car on sait bien, par exemple, qu’aux yeux de la Mairie - qui a œuvré pour ce salon – on n’est pas considéré comme un club de haut niveau. On n’est pas un club professionnel… La Ville ne pourra nous acccompagner davantage.

Jean-Marc Allègre : C’est à nous de prouver aussi qu’on a le niveau et que l’on défend les couleurs de la Ville, et après on sera en position de demander et de renégocier. Notre priorité aujourd’hui, ce n’est pas d’aller vers les élus mais vers les partenaires. On a tablé sur une hausse de 40% des partenaires, on a embauché en conséquence. On vise les 180 partenaires ! C’est faisable !

Vous avez décidé de faire confiance au staff sportif…

Jean-Marc Allègre : Il n’y avait pas lieu de faire de révolution, du moins dans le secteur sportif. On met notre empreinte, et on va le faire de plus en plus. Sur le sportif, on estime que l’on a des gens responsables et compétents. On leur a dégagé un budget, à eux de faire leur tambouille ! En tout cas, on a retenu les leçons de la dernière saison, avec un manque d’expérience. On a recruté des joueurs plus matures.

Hervé Maura : Anthony Le Luron reste chez nous, en entraineur technique auprès des Juniors. Romain Frou devient quant à lui coach des Cadets Alamercery. Bastien Cazal Debat est parti à Rouen. C’est le seul départ non voulu. Je pense que l’on a fait un bon recrutement, intelligent. Les deux Sud-Af’ qui viennent de Nevers et d’Aix vont apporter beaucoup. Sylvain Bouillon, d’Aix-en-Provence, un n°10 qui peut jouer 15, c’est un vrai bon buteur. Et puis, il nous manquait des « papas », des mecs qui ont de l’expérience, des gars qui sont en capacité d’emmener les plus jeunes.

Le calendrier est-il mieux pensé, quand on se rappelle de cette trêve de deux mois la saison passée entre début décembre et fin janvier…

Hervé Maura : Cette année, il n’y a plus de coupure comme la saison dernière, ce qui posait aussi un problème de lisibilité du championnat. Et puis, on a une poule de 11 cette fois, donc il y a deux matches de plus à disputer. Il y a des packs de 4 weekends d’affilée, avant une coupure de quinze jours, ce qui permet, le cas échéant, de faire jouer un match reporté ou d’avoir une mini-coupure. C’est plus digeste. Et puis, l’an dernier, avec neuf matches à domicile sur toute la saison, pour peu que tu ne fasses pas les playoffs, ce n’est pas comme cela que tu génères de la recette… Et puis, l’un des objectifs très importants que Jean-Marc et moi nous sommes fixés est de faire connaître le rugby à Nantes ! De faire venir les Nantais au stade Pascal Laporte, boulevard des Anglais, car il y en a beaucoup qui ne savent même pas où se pratique le rugby à haut niveau à Nantes ! Il faut sortir de cette bourgeoisie du rugby nantais. Il faut faire venir les familles, les enfants, la fête, au Stade Nantais !

Jean-Marc Allègre : Il faut faire venir la Cité dans le rugby, et descendre le rugby dans la Cité. Sur le dernier match de la saison, on est sur la bonne voie car il y avait un record d’affluence malgré un dimanche de vacances scolaires, du beau temps et un match sans enjeu si ce n’est que d’offrir un beau spectacle !

Il y a de belles perspectives au Stade Nantais !

Jean-Marc Allègre : Je ne veux pas vendre la peau de l’ours… Mais on a une poule à notre portée, des joueurs plus aguerris, on l’a vu sur les trois derniers matches. Et puis, l’état d’esprit a changé ! Ce n’est pas nous qui le disons, j’ai reçu pas mal d’appels ou de SMS de bénévoles, des permanents, des entraineurs, qui ont ressenti ce changement. Ce n’est pas du tout une critique de l’ancienne Direction, bien au contraire, car j’ai beaucoup d’affection et de reconnaissance pour ce qu’ils ont fait, mais on a une autre approche, plus détendue, plus conviviale. Et on n’a pas les mêmes contraintes, puisque les cinq années précédentes ont été mises à profit pour les balayer.

Comment redonner du dynamisme pour trouver de nouveaux bénévoles ?

Jean-Marc Allègre : On est clairement en déficit de bénévoles ! On le ressent car on développe plusieurs axes de commercialisation, comme les buvettes. Il faut qu’on en recrute, en s’appuyant bien entendu sur les jeunes et le noyau dur, les fidèles, les remarquables. Aujourd’hui, par manque de personnel et aussi d’organisation, on tourne à seulement 20% de nos capacités !

Les poules sont enfin connues… Beaucoup de retrouvailles !

Jean-Marc Allègre : Notre poule est constituée d’adversaires que l’on connaît, comme Oloron, Langon, Cognac, Tyrosse, Anglet, Saint-Jean-de-Luz, Saint-Médard-en-Jalles… On doit atteindre les playoffs. Pas encore l’accession en Elite, mais nous ne serons pas loin !

Hervé Maura : L’objectif, c’est de faire les playoffs ! A deux ans, monter en élite. Et à cinq ans, monter en Pro D2. Avec Jean-Marc, on a restructuré le club. Notre idée, c’est d’ouvrir les Nantais aux rugby, leur faire aimer. Qu’ils sachent où ça se passe. De communiquer sur le rugby et ses valeurs, et d’en faire un club familial, lui enlever cette étiquette de club fermé à l’extérieur.