J’ai plusieurs occupations. Depuis sept mois, je suis en mission pour le conseil départemental de Loire-Atlantique dans le cadre de l’animation sportive départementale proposée aux 7/14 ans sur les 198 communes rurales du département. Je participe avec les éducateurs aux événements organisés sur le Territoire. Je suis notamment en train de préparer un tournoi pour des jeunes migrants mineurs isolés. C’est un sujet qui me tient à cœur. (Voir encadré). J’ai passé mon Brevet d’Etat 1er degré il y a une dizaine d’années. Le contact avec les jeunes, le terrain, cela me plait. Je participe à l’organisation, à la logistique et j’apporte aussi mes conseils techniques. Toujours avec le Département, je collabore aussi avec le District autour de l’accompagnement et de la formation.

 

Vous avez l’air très affuté, vous enfilez encore le short ?

Depuis deux ans, j’entraine aussi l’équipe sénior de Haute-Goulaine, où j’ai des copains. D’ailleurs, on monte en 2e Division de District. Je ne joue plus de matches officiels, mais je m’entraîne et je prends beaucoup de plaisir. Je n’ai pas perdu ma technique ! (Il rigole) Mais question démarrage et puissance de tir et coups francs, c’est plus dur à 51 ans car j’ai perdu du muscle ! Mes coéquipiers me chambrent. Mais je leur rends bien.

Vous suivez toujours le foot de haut niveau ?

Je regarde facilement 5 à 6 matches de foot à la télé le week-end, surtout le championnat espagnol. Au-delà du score, c’est le contenu qui me passionne. En Espagne, le niveau technique est très fort, même pour les équipes qui sont au bas du classement. Les scores flatteurs du Real ou Barcelone à 4 ou 5 à 0 ne reflètent pas forcément le contenu d’un match où il a parfois fallu souffrir pour gagner.

 

En locale, on vous voit souvent sur les Tournois de Jeunes…

Je suis assez sollicité pour aller sur les tournois. Avoir de la disponibilité pour la jeunesse, c’est quelque chose qui me parle. Je vous disais le bonheur qui était le mien quand j’étais gamin de jouer avec les autres gamins. Aujourd’hui, c’est ce même bonheur que je partage. J’ai été le parrain du dernier « Tournoi International de Rezé » déroulé début juin.

 

Quel regard portez-vous sur votre carrière et votre retour à Nantes ?

Mon destin de footballeur a commencé dans la rue. C’est là que j’y ai trouvé le plaisir et que j’ai ai forgé ma technique. Quand j’étais gamin, partout où je pouvais aller jouer au foot, je jouais. Je me rendais compte que mes coéquipiers étaient contents que je joue avec eux ! Je me disais « j’apporte du plaisir, et aussi je partage du plaisir avec eux. » C’était bon. Jusqu’à l’adolescence, je n’ai d’ailleurs jamais rêvé d’en faire mon métier. En fait, c’est venu naturellement. Je me suis rendu compte que je pouvais gagner ma vie avec le football quand j’avais 21 ans. Un de mes copains m’a convaincu de venir le rejoindre au Cameroun pour jouer au football. A l’époque, le Cameroun était la référence, avec Georges Weah (qui y a fait un bref passage). Je suis parti du jour au lendemain et je suis allé faire un essai. J’ai été pris - sur le poste vacant de Georges Weah - et là, j’ai commencé à être payé ! Avec des grosses sommes que je n’aurais même pas imaginées. J’envoyais la plus grande partie à ma mère et à mon père. C’est à ce moment là que je me suis rendu compte que je pouvais vivre de cela. Je me suis dit que j’avais beaucoup de chance et qu’il fallait que je la saisisse. Je suis resté juste un an, car mon grand frère est décédé et je voulais assister à ses obsèques contre l’avis du club. Finalement de retour au Tchad, le hasard fait que la sélection nationale part en stage à St-Brévin, et me propose de les accompagner. Là-bas, je suis repéré par Marcel Mao qui, à cette époque, était le Conseiller Technique Régional.

Votre arrivée au FCN a été assez cocasse !

Marcel Mao, me fait la promesse de me faire passer un essai à la Jonelière. 5 mois après, le 4 avril 1990, je débarque à Nantes et je dors la première nuit chez Marcel Desailly, rue du Calvaire, qui m’accompagne le lendemain matin à la Jonelière. Mon essai était prévu pour un mois, et finalement Blazevic (le coach de l’époque), Coco (Suaudeau) et Raynald Denoueix me disent : « Tu restes encore un autre mois ». A la fin de la saison, début juin, ils me disent : « Tu repars au Tchad, mais tu reviens fin juin pour la reprise de l’entrainement ». Moi, à ce moment-là, je n’avais aucun contrat. De retour à la Jonelière, je pars en stage avec eux. Mais je n’ai toujours pas de licence et je ne peux pas jouer. Pendant ce temps, Budzynski recherche un joueur pour remplacer son champion du monde blessé, Jorge Burruchaga, mais n’en trouve pas faute de budget suffisant. Heureusement, Jorge accepte de renoncer à sa licence professionnelle pour je que puisse jouer. Le staff finit par me faire confiance mais sans plus et avec seulement une seule année de contrat. Je joue mon premier match contre St-Etienne (le 22 septembre 1990) et je marque mon premier but. Avec ensuite plus de sept ans sur Nantes et le parcours que vous connaissez (voir encadré).

 

PHOTO NDORAM2

 

Japhet Ndoram, c’était l’icône de la Beaujoire, une technique incroyable dans un collectif en osmose, avec la saison 1994-95 en apothéose…

Moi, je suis un footballeur de la rue. C’est dans la rue et sur les terrains pourris que j’ai développé ma technique. Sur ces endroits, tu travailles tout : la concentration, la mobilité, l’instinct, l’improvisation, car les terrains sont tellement mauvais que ton ballon peut rebondir n’importe où comme au rugby. Il faut toujours être prêt. Cela t’oblige à être très vigilant. Avec le temps passé sur les terrains, et si tu as un peu de don, ce qui était mon cas, forcément tu progresses. En Afrique, il n’y a pas de sport de jeunes ou de championnat structuré comme en Europe.

 

Le crêve-cœur, c’est le Tchad, finalement…

L’un de mes regrets aussi comme footballeur, c’est de n’avoir pas joué la CAN, et de ne pas avoir pu participer à relever le niveau de football de mon pays, le Tchad. J’aurais aimé aussi, comme technicien, participer à la formation des jeunes. J’y suis allé mais il y a trop d’obstacles sur place. Rien n’évolue dans le bon sens au niveau football. J’ai quand même participé avec Patrice Lama et Jean-Marc Adjovi-Boco au projet des Diambars au Sénégal. J’aimerais faire la même chose au Tchad, mais il faut beaucoup de financements et tout est compliqué là-bas, surtout le rapport à l’argent.

 

Vous étiez “LA” référence du beau jeu, et beaucoup de clubs rêvaient de vous avoir…

Durant cette période, j’ai été sollicité par le PSG, Monaco, Marseille, Bordeaux… Mais je n’avais jamais envisagé de quitter Nantes car je m’épanouissais ici. Je n’avais pas d’agent. Mon plus gros salaire nantais avant de partir, équivalait à 40.000 euros. Aujourd’hui, ce n’est même pas le salaire moyen des joueurs de Ligue 1. Mais moi, j’étais bien à Nantes. On avait une bonne équipe, on jouait bien. Je faisais partie des cadres. Mon plus grand souvenir à Nantes, c’est l’année du titre avec ce record d’invincibilité (32 matches) jusqu’à la défaite contre Strasbourg. Un record qui tient toujours, comme celui d’une seule défaite dans la saison ! Et aussi, forcément, mon dernier match à la Beaujoire avec les Canaris (ndlr : le 17 mai 1997, contre Montpellier) avec une ovation du public qui me donne encore la chair de poule aujourd’hui ! Dans cette équipe nantaise, on avait, en plus des fortes individualités, une vraie équipe ! On n’avait peur de rien. On jouait toujours pour gagner. On n’était jamais fébrile dans le jeu. Quand on marquait un but, cela ne nous suffisait pas, on n’avait qu’une idée, en marquer un autre !

 

Finalement, votre gros regret, c’est ce retour mitigé au FCN en 2005 au poste de directeur sportif, en remplacement de Robert Budzynski…

Oui, c’est un retour raté. A l’époque je travaillais dans le staff à Monaco aux côtés de Didier Deschamps, en tant que superviseur des équipes adverses notamment. Mais j’avais demandé à Monaco de me libérer car Nantes voulait que je revienne au club. Didier voulait me garder mais j’avais d’autres ambitions. Nantes, c’était et c’est mon repère. C’est là où j’ai fait mes preuves et où j’ai tous mes amis. J’avais envie d’y retrouver de la stabilité et de la pérennité. Malheureusement, cela s’est mal passé. J’ai forcément de l’amertume mais pas de regrets. J’aurais aimé donner au club que qu’il m’a apporté. Quand on aime un club, on a envie de tout lui donner. Je suis toujours en contact avec des membres et des anciens du FC Nantes. Je vais de temps en temps à La Beaujoire. Je ne suis pas nostalgique : j’ai fait mon temps. Mais si on m’appelait pour donner un coup de main et être utile au club, cela me plairait. De cette époque, je n’ai d’ailleurs gardé aucun maillot. Je les ai tous donnés. Je ne suis ni sorcier, ni fétichiste. Je voulais faire plaisir aux gens plutôt que les garder pour moi. Mes enfants m’ont reproché de les avoir tous donnés ! Il me reste juste une cassette VHS de notre saison 1994-1995 !

 

Quel regard posez-vous sur le foot d’aujourd’hui ? Et sur les joueurs qui évoluent à votre poste ?

Dans le championnat français, sur le poste de milieu terrain, il y a surtout Marco Verratti ! Verratti, j’ai beaucoup d’admiration car il peut jouer partout. Il a une qualité technique extraordinaire. Toujours au PSG, il y a aussi Javier Pastore. Tous ces gars-là, iIs ne sont pas fâchés avec le ballon ! Après, forcément, le joueur qui inspire la création, pour moi, c’est Messi, car il s’inscrit dans le collectif, il s’inscrit dans l’état d’esprit d’une équipe et il s’inscrit dans la modestie. Il a cette capacité à recevoir mais à donner aussi. Et il donne beaucoup. Et j’apprécie vraiment.

 

Vous avez suivi attentivement la saison de Ligue 1 qui vient de se terminer sur le sacre de Monaco…

Le championnat français a été de qualité. Parce qu’on avait 7 à 8 équipes avec un bon niveau. Cela a été un championnat attractif avec une touche technique que l’on n’avait pas vue les années passées. Le championnat de France a de la valeur. La seule chose qui lui manque, ce sont les caractéristiques techniques. C’est ce qui nous empêche de franchir un palier au niveau des clubs quand on affronte les grandes équipes d’Europe. Moi, je me rappelle des matches contre la Juventus, Bayern Munich ou Arsenal pour ne citer qu’eux. Il fallait se donner à fond et on voyait bien l’écart entre eux et nous.

Depuis quelques années, notre politique de formation de base a trop ciblé les grands, les costauds. On a perdu par rapport au niveau technique de mon époque. Il a fallu que l’Espagne domine l’Europe pendant des années avec ses petits gabarits pour qu’on se rende compte que le football est un sport collectif dans lequel on peut réussir même si on est petit. Regardez Valbuena, les clubs n’en voulaient pas…

Et puis, il y a trop de laxisme aujourd’hui. L’éducation de base c’est quelque chose d’important dans les objectifs, dans la volonté d’aller chercher quelque chose. Cela se perd de plus en plus dans la génération des jeunes apprentis footballeurs aujourd’hui. Ce n’est pas uniquement la faute des jeunes. C’est la faute à notre gestion du sport de haut niveau. Il y a des gamins qui sont très gâtés alors qu’ils n’ont rien prouvé. A notre époque, il fallait avoir joué plusieurs matches pro avant de signer un contrat professionnel. Aujourd’hui, dans les centres de formation, il y a la moitié des gamins qui jouent en CFA et qui sont pros sans avoir jamais joué un match pro. C’est une connerie, car on les met dans des dispositifs ingérables pour eux-mêmes.

 

C’est-à-dire ?

Ce qui est difficile pour « faire carrière », ce n’est pas de flamber pendant 1 match, 2 mois, ou 6 mois. C’est d’être régulier et constant dans les performances, c’est-à-dire pendant une année, deux années, trois années. Etre toujours au niveau où l’on est arrivé et y rester pour encore chercher à aller toujours plus haut. C’est cela c’est le plus dur. Et cela ça passe par le travail, la volonté, le sérieux : manger des choses que le corps d’un sportif de haut niveau demande, dormir le temps nécessaire et bien d’autres choses…

 

Quelle est votre analyse sur le FC Nantes et sur son parcours depuis que vous l’avez quitté ?

C’est mon club de cœur et d’adoption ! Il y a des cycles et des passages à vide dans la vie de tous les clubs. On peut dire quelque part que c’est du gâchis car on est dans une ville, une région où il y a tellement de gens passionnés par le foot mais aussi par le sport en général. Et le FCN se retrouve dans cette situation où l’amour que les gens lui portent n’est plus à la hauteur que ce que le club lui rend. Le bilan de Waldemar Kita, je ne suis pas là pour le juger. Quand il est arrivé en 2007, Nantes était en difficulté. Didier Deschamps m’avait d’ailleurs mis en garde avant de venir en 2005 : « Nantes ne ressemble plus à ce que j’ai connu, c’est devenu un vrai panier de crabes ». Moi, je tenais quand même à y venir. A l’époque où j’y jouais, il y avait des valeurs et de la cohésion : c’était notre force. En y retournant, j’y ai surtout trouvé du bricolage.

Kita est alors arrivé avec ses idées, ses convictions. Aujourd’hui, malgré les difficultés, le Président continue à rester, à insister. C’est bien d’un côté, car cela apporte une stabilité au club. Nantes est toujours dans l’élite. Alors que cela aurait pu être la descente aux enfers. Malgré les deux relégations, il ne s’est pas démotivé. Et on peut lui reconnaitre cette ténacité même dans la difficulté et malgré une absence de reconnaissance. Dans d’autres clubs et avec d’autres dirigeants, la chute aurait pu être plus dure. Regardez Auxerre… Pour Nantes, J’ai l’impression que cela va un peu mieux maintenant.

 

Les supporters attendent toujours des miracles, des résultats et le retour du fameux « jeu à la nantaise »…

Le retour du « jeu à la nantaise », c’est autre chose. Le jeu, c’est tout un ensemble. Il ne suffit pas qu’un président ou un entraineur arrive pour que le jeu se mette en place. Le jeu, c’est une construction, de la base jusqu’au haut niveau. Je me rappelle quand je suis arrivé en pro à Nantes, j’étais impressionné par la qualité des jeunes issus du centre de formation : les Pedros, Ouedec, Loko, Karembeu qui ne s’entrainaient pas encore avec nous mais qui poussaient à la porte. Le beau jeu, c’est à la base, avoir de bons joueurs, avoir les éducateurs qu’il faut, et aussi avoir une ligne de conduite et des principes de jeu et s’y tenir.

Pour créer de l’élite, il faut aussi investir au niveau de la formation. Le FC Nantes n’a pas toujours pris le train au bon moment. Après, quand on devient moyen, on devient moins attractif qu’une équipe qui joue les premiers rôles. Les jeunes et les parents des jeunes choisissent alors la concurrence. Ce qui manque au FC Nantes, ce sont 5-6 joueurs de talent et des joueurs de devoir. Avec cela, tu peux construire une vraie équipe. La difficulté aujourd’hui, c’est que les jeunes joueurs de talent manquent d’ambition et se contentent de leur talent : cela fausse tout. Tu restes sur ta faim. Tu ne les vois pas s’exprimer. Et là, tu es obligé d’être plus dur avec eux. C’est sans doute en partie le cas du jeune Harit mais pas seulement. Et cela fait aussi partie de l’apprentissage.

 

A propos de jeunes talents, quid de votre fils Kévin, nouveau champion

de France avec Monaco ?

Kévin est né en 1996 à St-Sébastien-sur-Loire. Il a du sang nantais ! Et dire que mon fils ne m’a jamais vu jouer à Nantes ! Il a juste regardé quelques cassettes. Il est venu à Monaco avec moi dès l’année suivante (1997) et il y est toujours. Champion de France de surcroit ! Il a commencé l’école de foot là-bas. Il faut dire qu’il y a trouvé un cadre et un club idéal. J’ai travaillé dans le staff technique de la formation de l’ASM avec Arnold Catalano et Henri Biancheri qui en étaient les responsables. Il y a beaucoup de qualité dans la formation et dans l’exigence aussi auprès des jeunes. Ils sont très sélectifs et ils arrivent toujours à sortir de très bons joueurs. En plus, à Monaco le cadre est tel que les gamins ne peuvent pas trop se disperser car c’est tout petit, et tout se sait.

 

Vous avez dû suivre toute son ascension de très près…

Je n’ai pas poussé Kévin ! Cela s’est passé naturellement. Il voulait faire du foot… Moi, je connaissais forcément les difficultés et je ne l’ai jamais obligé à aller au terrain. Même dans le suivi, j’étais toujours en retrait, parfois caché même, pour le voir ! Je ne voulais pas qu’il ait une pression particulière vis à vis de moi. Il a été sélectionné pour aller en pré-formation à Aix-en-Provence. Puis Monaco l’a récupéré pour la formation et il a signé son premier contrat pro l’année dernière. Je le conseille un peu. Mais juste de temps en temps. Je préfère rester papa avec lui que joueur ou entraineur. Parfois, après certains matches, on discute de 2 ou 3 trucs techniques ou tactiques. Je lui vois un bon destin. Mais le plus difficile, ce n’est pas de signer son premier contrat professionnel, mais de durer. Il a des qualités, il n’est pas là par hasard. Il vient juste d’être convoqué pour la première fois en équipe de France Espoirs et c’est une bonne chose pour lui.

 

Comment le jugez-vous ?

Kevin n’est ni en avance ni en retard par rapport à sa formation. Tous les éducateurs qui l’ont connu jeune, l’ont dit : « il est dans le temps ». Ce qui peut être difficile pour un gamin qui arrive en fin de formation comme Kevin, et qui intègre un groupe pro en participant aux entrainements et aux déplacements, c’est qu’il ne joue pas ou peu avec les pros. Et plus du tout avec la CFA. Il y a donc un décalage qui fait que la progression peut s’arrêter parfois, sauf à avoir la conscience que tous les jours les entraînements doivent être vécus comme des matches. Car il y a des joueurs de grande qualité autour de lui et pour progresser, il faut que tous les entrainements soient vécus comme des matches. Il y a beaucoup de gamins professionnels qui pensent qu’ils y sont arrivés et qu’il n’y a plus à travailler. Pour la prochaine saison, Kevin va peut-être être prêté pour acquérir du temps de jeu. Il a commencé au poste offensif 10, 9, 8 puis au fils du temps les éducateurs l’ont fait reculer. Et à 18 ans, chez les U19 Nationaux, le coach l’a fait jouer derrière. Cela ne lui plaisait pas au départ, mais il s’est rendu compte qu’il était plus à l’aide dans un poste où il a le jeu en face. Il y a pris goût. Il a fait 2 saisons pleines en CFA et de temps en temps aussi au milieu.

Et puis, Kevin côtoie des jeunes joueurs de son âge comme Mbappé (18 ans). C’est un phénomène. Kevin est assez intelligent pour ne pas jalouser quiconque, mais au contraire s’en inspirer et s’enrichir. Avec sa convocation en Equipe de France Espoirs début juin (5 et 6 juin) contre l’Albanie et le Cameroun, il a encore de nouvelles occasions de progresser. J’ai bon espoir pour lui.

 

Voir Landreau, un ancien du cru que vous connaissez bien, devenir coach à Lorient, cela vous évoque quoi ?

Moi, je n’ai pas été surpris. Mickaël Landreau, c’est un leader dans l’âme. Ce n’est pas étonnant. C’est un gamin pas bête, à la base. Il aime bien les challenges. Il a des choses en tête et il sait comment les exprimer. C’est quelqu’un qui sait s’adapter vite et qui a envie de partager ses expériences. Le passage à Nantes avec les éducateurs de l’époque, Coco Suaudeau et Raynald Denoueix, quand tu les côtoies, cela marque.

Après un bon entraineur, ce n’est pas forcément celui qui a le plus de qualités tactiques et techniques à partager. Toute la difficulté, c’est la gestion humaine. Ce n’est pas donné à tout le monde. Tu as un groupe avec des personnes différentes, des mentalités différentes, et tu dois non seulement faire en sorte qu’ils cohabitent, mais surtout qu’ils partagent la même pensée. 

ENCADRE

japhet vraiment “sorcier” ?

Je ne suis pas un sorcier et je n’ai jamais porté de gris-gris. Le surnom de « Sorcier », c’est Joël Henry avec qui j’ai joué 2 ans qui me l’a affublé ! Quand j’arrive en 1990, Ii me voit débarquer à la Jonelière, sorti de nulle part. Personne ne me connait. Et là, à l’entrainement, lui qui était pourtant un excellent technicien, je lui fais des trucs qui le surprennent et qu’il ne comprend pas ! C’est comme ça qu’il a commencé à dire : « Mais c’est un sorcier qu’on nous a amenés ! » Moi, le surnom cela ne me plaisait pas vraiment, car en Afrique, cela a quand même une connotation négative. Petit à petit, j’ai compris. Le surnom m’a collé et persiste encore aujourd’hui et cela me plait désormais. Parfois les gamins viennent me voir et me demandent : « Japhet, pourquoi on vous appelle le sorcier ? ». Et je leur explique l’anecdote.

Mais ce que les gens me renvoient surtout au-delà de mes qualités techniques, c’est la perception d’un homme simple, honnête et avec des valeurs. Et cela me touche car c’est effectivement ce que je suis et que j’ai toujours essayé d’être. Cela m’a apporté beaucoup de crédibilité dans ma carrière et après. Oui je me sens vraiment beaucoup plus proche de « L’homme intègre » comme on désigne le peuple Burkinabé que du sorcier !

 

ENCADRE SELFIEs

Quand je participe aux animations sportives dans le département, les parents et les grands frères souvent me reconnaissent et ils le disent à leurs enfants. Souvent, avec leurs smartphones, les gamins vont direct sur Internet. « Ah oui, il est connu, je l’ai retrouvé ! ». Cela crée une petite animation, c’est convivial. Mais les gamins ne demandent plus d’autographes aujourd’hui ! Maintenant, ce sont les selfies, époque oblige ! Et les parents qui ont souvent été les supporters de l’équipe de Nantes de mon époque sont contents de me voir à l’événement de leur enfant !

 

ENCDRE MIGRANTS

On est en train de préparer un tournoi avec eux courant juin à Don Bosco avec les animateurs du département. Il y aura 8 équipes de 10 à 12 joueurs, des jeunes mineurs migrants isolés. C’est un événement organisé par le Département avec aussi des associations qui les soutiennent. Moi, l’histoire des migrants, cela me tient à cœur, car je connais les difficultés que c’est de passer d’un pays à l’autre. Pour ces gamins là qui sont hébergés dans des structures d’accueil du Département, l’idée, c’est de les aider à s’intégrer et à s’épanouir davantage. Le football a cette vertu. Et aussi de les rassembler, car ils ne se connaissent pas et peuvent avoir le sentiment qu’ils sont des cas uniques, ce qui n’est pas le cas. C’est l’occasion de se connaitre, de créer des solidarités entre eux.