Halilodzic et le FCNantes

sous pression dans les 10 premières minutes du match puis à la fin du match. Car Bordeaux avait joué 3 jours avant. Et pour une équipe dans ces conditions là, les 10 premières minutes ne sont jamais faciles et à la fin du match, la fatigue se fait aussi ressentir. On avait bien travaillé à l’entrainement sur ces 10 premières minutes. Et là, au bout de 6 minutes, je regarde le tableau d’affichage et déjà 2 buts à 0. Je n’y croyais pas. Je ne savais plus où j’étais. On s’était préparé à ce type d’actions et de buts possibles. Tout avait été expliqué, montré. Ils vont frapper comme ci, ils vont rallonger dans l’axe comme ça (…) Je suis très frustré. Après ce n’est ni l’organisation, ni le système de jeu qui ont causé la défaite. Mais le mental et le physique. C’est ce qui m’a le plus touché à Bordeaux : ce manque de combativité et d’agressivité. Et le gros retard physique. Nantes Bordeaux, c’était un tracteur contre un TGV. Je n’ai pas vu beaucoup de duels ni de sprints. Après, je ne vais pas accabler les joueurs. Ils ont aussi été très touchés. Ils étaient très perturbés par la semaine qu’ils venaient de vivre et aussi par l’appréhension de l’arrivée de Vahid et du tableau que la presse en avait fait. A la mi-temps, c’était pas facile de leur parler. Je les ai encouragés. Maintenant, si on peut trouver quelques satisfactions, cela a été en seconde mi-temps. On a mieux gardé le ballon, on a créé 2 ou 3 belles occasions pour marquer.

Et depuis Bordeaux, avec la trêve internationale, ça s’est bien passé ?

Il faut demander aux joueurs. Je pense que oui. On a bien travaillé. Beaucoup travaillé. Après, il faut être réaliste. ce n’est pas en 15 jours qu’on remet une équipe sur pied. La situation est beaucoup plus compliquée et complexe que je ne l’avais pensée. Pourquoi on en est là ? Depuis 10 jours, j’ai découvert beaucoup de choses. Des choses plus ou moins bien, mais je ne veux pas rentrer dans le détail car je veux aussi préserver le club. Mais beaucoup de choses que je veux améliorer sur le terrain mais aussi hors terrain. Ce que je sais, c’est que cette équipe peut faire beaucoup mieux. Elle n’est pas à sa place. Après dire qu’elle peut jouer le milieu de tableau, je ne sais pas. Je ne veux pas me prononcer pour le moment. Il y a du travail mental, du travail physique, du travail technique, du travail tactique. Beaucoup de travail à réaliser. On est sur le bon chemin mais cela ne sera pas pour tout de suite. Il va falloir beaucoup plus d’orgueil chez les joueurs. Beaucoup plus de caractère. C’est la priorité sur laquelle je travaille. Si vous n’avez pas d’orgueil, d’orgueil sportif, d’orgueil personnel, vous ne pouvez pas joueur en 1re division. Dans les grands clubs, ce qui caractérise les joueurs, c’est cet orgueil, cette culture de la gagne. Le refus de la défaite. Vous avec vu l’équipe d’Allemagne contre la France (…) Mais quand on rentre dans la spirale du doute, ce n’est pas facile.


Le lien rompu entre l’équipe Pro et le centre de formation

Il y aussi un travail énorme à réaliser en dehors du terrain. J’ai découvert à Nantes des choses qui m’ont attristé. Peut-être suis-je nostalgique de l’époque que j’ai connue. Quand on revient dans un coin de son enfance, on espère toujours retrouver ce qu’on a connu. Et j’ai une vraie dette vis à vis du FC Nantes. Mais, j’ai une idée très précise ce ce que représente le football dans sa dimension d’équipe, de groupe, d’institution. J’ai beaucoup voyagé pour observer et comprendre ce qui faisait l’identité des grands clubs : Juventus, Ajax, Barcelone, Bayern, Milan, Dortmund… Ce sont de véritables institutions, des références. Quand on est à la Juventus, on vit une fierté collective partagée entre joueurs, dirigeants, supporters, médias.  Nantes a été avec St-Etienne et d’autres clubs, une référence en France et en Europe. Une véritable institution, avec une tradition, une culture, des valeurs. L’identité du FCNantes, cela toujours été son coté familial et son centre de formation qui a produit de grands joueurs. Quid aujourd'hui ? On ne peut pas l’effacer comme cela. Aujourd’hui, par exemple le centre de formation est complètement coupé de l’équipe professionnelle. Il n’y a plus de lien. Les éducateurs de CFA ne pouvaient pas assister aux entrainements de l’équipe PRO. J’ai reçu les éducateurs. On a beaucoup parlé. Je leur ai dit qu’ils pouvaient venir assister aux entraînements et discuter. Il nous faut collaborer, partager. Il faut travailler tous ensemble. Cela devrait être comme une famille. Est-ce que cette famille existe encore aujourd’hui à Nantes ? (…) Cette dimension familiale qui crée la fierté, on doit la cultiver et la retrouver à tous les niveaux et tous ensemble. Le club bien évidemment. La presse aussi, qui doit faire son travail mais sans aller chercher dans la poubelle. L’entraineur aussi a besoin d’être protégé. On a besoin de sérénité, de stabilité. Les supporters aussi. J’entends parler d’une grève pour le match de Toulouse. On a besoin du soutien de tout le monde. Pour ne pas provoquer encore plus de dégâts car la situation pourrait demain être encore plus critique. Aujourd'hui Vahid est là. Mais pour combien de temps ? Le propriétaire est là. Mais pour combien de temps ? Les hommes passent mais l’institution  -le FCNantes- reste. Sa notoriété, sa crédibilité, on ne doit pas y toucher et tous y contribuer.


La méthode Vahid ?

Je ne suis pas un entraineur professeur ou philosophe avec les petites lunettes qui observe et ne dit rien. (Vahid sourit) Je suis un peu different. J’adore le football, préparer une séance, expliquer sur le terrain ça et ça. La célébrité, cela ne m’intéresse pas. Ce que j’aime, c’est le travail. Alors, la méthode Vahid (…) je ne sais pas ce que c’est. Depuis 20 ans, on me pose la même question. Moi, je réponds : le travail, encore le travail. Une équipe c’est une machine : chacun a son rôle avec des permutations horizontale, verticales. Il faut des mois pour que chacun sache ce qu’il doit faire et le fasse bien. Il n’y a pas de méthode : il y a du travail. Du terrain. De la sueur. Le travail paie tout le temps. Pas tout de suite, mais le travail paie. A l’entrainement, je suis toujours à replacer les joueurs : Je suis encore plus fatigué que les joueurs. Car il faut courir ici, courir là, à corriger les joueurs et leur expliquer. Tous ces petits détails qui permettent de progresser. Tout se joue dans les détails. J’ai connu ça moi aussi avec Coco Suaudeau. La première année a été très difficile. Un jour, Coco m’appelle dans son bureau magique. Il me dit à propos des phases offensives : « Reviens au centre ! ». Moi je lui réponds «  Ca ne va pas non ! . Mais, bizarrement ça marchait.

 

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