Solide sur ses appuis, le regard rivé sur son interlocuteur : comme sur le gazon, Nicolas Pallois dégage une présence indéniable, au moment de nous recevoir à la Jonelière ! Pendant une trentaine de minutes, l’athlétique numéro 4 des Jaune et Vert a regardé dans le rétro, pour revenir sur ses 7 premiers mois dans la peau d’un Canari. Vers l’avant aussi, lui qui lorgne sur un billet européen à décrocher en mai prochain. Entretien avec un trentenaire, devenu illico presto un cadre du vestiaire.

Laval, Niort, Bordeaux et désormais Nantes. On a comme le sentiment que votre trajectoire est dictée par un vent d’Ouest !
C’est vrai, même si ce n’est aucunement intentionnel (sourire). Et puis, je suis Normand et j’ai évolué à Quevilly mais aussi à Valenciennes par la suite. C’était mon destin de rejoindre Nantes et aujourd’hui je suis ravi. Le projet du club m’a plu, j’ai senti l’envie de mener ici un beau challenge, piloté notamment par un grand coach. Le groupe est vraiment soudé, les infrastructures sont adéquates et la ville me plait également beaucoup. Honnêtement, il y a tout ici pour s’épanouir.

Dans l’effectif, vous êtes le seul joueur à compter plus de 100 titularisations en carrière en L1 (104 précisément). Etre incontournable dans le onze, c’est ce qui vous anime au quotidien ?
Oui, mais je suis aussi l’un des doyens… (sourire) ! A Bordeaux, j’étais devenu ces dernières années un titulaire indiscutable avec deux saisons à plus de 30 matches, avant de me lancer dans cette nouvelle aventure nantaise. Cette saison, j’ai eu la chance de systématiquement débuter (19 titularisations), alors j’essaie d’en profiter pour apporter mes qualités, notamment dans l’intensité, la rigueur aussi devant notre cage.

En septembre dernier, vous avez été stoppé dans votre élan par une blessure à Strasbourg (sorti à la 63e minute). Depuis, on a le sentiment que vous êtes revenu avec encore davantage de certitudes.
C’est vrai, j’ai été freiné par cette grosse entorse à la cheville. Ce sont les risques du métier, et j’ai pris mon temps pour récupérer à 100%. Il y a quelques années, j’avais déjà été « out » pendant 6 mois à cause d’une blessure au pied, alors j’ai voulu cette fois jouer la carte de la vigilance. Le terrain me manquait et comme je suis d’un tempérament hargneux, je me suis battu pour revenir (sourire). Depuis, effectivement, je me sens en pleine possession de mes moyens et je me suis totalement fondu dans le plan de jeu collectif.

On perçoit une vraie complicité avec Diego Carlos en charnière centrale. Comment animez-vous votre binôme ?
Au début, ce n’était pas forcément facile de se comprendre, car je ne parle pas portugais (rires) ! Plus sérieusement, on a vite pris nos marques et désormais c’est très fluide entre nous. Diego est un très bon joueur, dur sur l’homme, doté de grosses qualités athlétiques. J’ai également évolué avec « Chido » (Chidozie Awaziem) ou « Kof » (Koffi Djidji) et là aussi l’entente est bonne. On a la chance d’être bien doté dans ce secteur, alors il y a une émulation entre nous pour faire avancer l’équipe.

En février, le FCN n’a réalisé aucun clean-sheet, et affiche depuis le début 2018 certaines largesses défensives. Comment expliquez-vous ce ratio (14 buts concédés en janvier-février) ?
En début de saison, le coach a inculqué une vraie rigueur défensive aux latéraux, à la charnière centrale et aux milieux de terrain. « Tata » (Ciprian Tatarusanu) a également été précieux dans la cage, et du coup nous étions très difficiles à manier. Depuis deux mois, c’est vrai, l’assise est moins solide. Les coups de pieds arrêtés constituent notre plus grande fragilité et il faut vite rectifier le tir car ces phases représentent 35 à 40% des buts inscrits dans le football moderne. Globalement, on défend toujours bien, mais on se doit de monter en gamme en concentration, de respecter un marquage plus strict également. C’est toujours difficile à avaler de prendre des buts sur des petits détails…

Cela vous agace-t-il d’être souvent qualifié de défenseur dur sur l’homme ?
Honnêtement, non, car je prends du plaisir à défendre, c’est mon job ! Avec mon gabarit (1,89m, 89 kg), il y a inévitablement plus d’impact lorsque je vais au contact. Mais attention : je ne suis pas un joueur méchant, je n’ai d’ailleurs jamais blessé personne. Quand je me livre sur le terrain, je ne m’engage pas pour faire mal mais pour écarter le danger. Ce n’est pas violent, c’est le haut niveau. C’est mon style de jeu, j’opte pour l’efficacité.

Et visiblement ça plait, puisque vous avez été élu « Canari du mois » par les supporters sur le compte Twitter du club en janvier, avec 46% des suffrages !
Cela prouve que je suis adopté, ça fait du bien à la tête (sourire). Je prends cette distinction comme une petite récompense, mais je ne vais pas me relâcher ! Si je peux en soulever un 2e ou un 3e d’ici mai, je ne me priverais pas ! A Nantes, le public est vraiment top, à domicile comme à l’extérieur. Dès l’échauffement, cela fait du bruit, on ressent cette passion sur la pelouse. Il faut maintenant qu’on aille chercher quelque chose avec eux en fin de saison…

En filigrane, vous pensez inévitablement à l’Europe. Comment envisagez-vous le sprint final ?
Tout le groupe en est conscient : on doit réenclencher la marche avant. Derrière, nos concurrents reviennent fort, alors on doit emmagasiner des points rapidement. Sur la phase retour, on a pris que 6 unités (sur 24 possibles), donc il faut aborder les 10 dernières affiches sans calcul. Surtout, on ne doit pas s’éparpiller en scrutant les résultats de Montpellier, Rennes, Bordeaux ou Nice, mais bien se concentrer sur notre propre mission. En 2017, la chance nous souriait parfois, mais depuis quelques semaines, le vent a un peu tourné. En mars, on va affronter Troyes et Metz, deux formations que l’on avait battu à l’aller (1-0). Il faudra rééditer cela et réaliser une série, car notre quête d’Europe passera par des résultats immédiats.

Le parfum continental, vous êtes d’ailleurs l’un des seuls à le connaitre dans le groupe.
Honnêtement, goûter à l’Europe c’est vraiment magnifique. J’ai joué 8 matches d’Europa League avec Bordeaux et ce sont des moments toujours à part. Je me souviens d’avoir effectué 15 heures de vol pour aller décrocher une qualification au Kazakhstan (à Almaty, en août 2015), j’en garde des souvenirs mémorables ! Revivre pareille expérience avec Nantes serait évidemment superbe…

Cette année, vous avez affronté Neymar et même muselé récemment Balotelli à Nice. Sont-ils plus durs à marquer qu’un certain… Emiliano Sala ?
En fait, celui que je craignais le plus c’était Mbappé, avec sa vitesse. Mais on ne l’a pas trop vu à La Beaujoire, tout comme Cavani d’ailleurs, un bon indicateur (sourire) ! J’ai un principe : je n’ai peur de personne au duel. Quant à « Emi » (Emiliano Sala), je le connais par cœur maintenant ! On a évolué ensemble à Niort, Bordeaux et donc désormais Nantes. Il est également passé par Caen, comme moi à l’époque de ma formation… On peut donc dire que l’on se suit en quelque sorte (rires) ! C’est vraiment un super joueur, quelqu’un qui emmène un groupe. Il dégage de la force, de la hargne, c’est un combattant ! Chaque équipe rêverait de disposer d’un attaquant avec ces caractéristiques. Comme Emiliano, je pense être un joueur de devoir. Dans le football, il faut d’abord faire preuve d’envie pour se surpasser, et concernant « Emi » cela se ressent sur ses performances. L’équipe lui ressemble, elle affiche de la personnalité, et on devra capitaliser là-dessus pour bien boucler cette saison.